À la vie à la mort – 5

Le début de cette nouvelle est là : http://maud-eliet.com/2017/03/29/a-la-vie-a-la-mort/

*****

Trois heures plus tard, c’est avec soulagement que je retrouve le grand air et la lumière du jour. Bosser en sous-sol à la lumière des néons, très peu pour moi… Surtout dans une ambiance pareille !

Heureusement qu’une des filles du groupe nous a tous tartiné le dessous de nez avec du Vicks, parce que sinon, je crois que j’aurais tourné de l’œil. L’odeur…

Pour tenter de m’en débarrasser, j’inspire à pleins poumons.

— T’as meilleure mine depuis qu’on a quitté le labo ! lance Sabrina.

Elle se moque, mais je vois bien qu’elle aussi a accusé le coup. Pas si facile, de donner son premier coup de scalpel. Même quand le cobaye ne risque plus d’avoir mal.

Je continue à marcher à côté d’elle sans répondre, la tête ailleurs et l’estomac en vrac. Jusqu’à ce que le mouvement de ses seins, sous son tee-shirt, finisse par attirer mon attention. Autrement dit pendant pas plus de cinq minutes.

Là, c’est comme si mes circuits neuronaux se rebranchaient.

Je passe mon bras autour de sa taille et glisse ma main dans la ceinture de son pantalon.

— On va pouvoir reprendre là où on en était tout à l’heure.

— À la bière, tu veux dire ?

— À la bière, oui. Pour commencer.

— Pour commencer ? Qu’est-ce que t’as prévu, après ? De la vodka ?

Ses yeux pétillent, signe qu’elle a parfaitement suivi le cours de mes pensées. Alors, je me contente de sourire.

 

Cette fois, dès que j’ai refermé la porte derrière nous, je me prépare à passer à l’action, mais la belle ne l’entend plus de cette oreille. Elle avance négligemment dans mon minuscule appart, laisse tomber son sac au pied de mon bureau et se dirige vers la fenêtre, qu’elle ouvre en grand.

J’en suis un peu dépité, je dois bien le reconnaître…

Après quelques secondes de flottement, alors que Sabrina s’est retournée pour me faire face, j’ouvre la porte de mon frigo.

— Heineken ou Guinness ?

— Heineken ? Et pourquoi pas une Kro, tant que t’y es ?

— J’en déduis que tu préfères une Guinness ?

Comme elle ne répond pas, je sors deux bouteilles, que je décapsule avant de lui en tendre une. Elle l’observe d’un œil connaisseur.

— Special Export à 8 % d’alcool. Ça le fait !

Levant la bouteille, elle m’adresse ce sourire en coin qui me fait craquer depuis le début.

— À notre santé ! lance-t-elle.

— Tchin !

Pendant quelques secondes, on n’entend plus que des bruits de déglutition. Pressé d’effacer les odeurs qui ne veulent pas quitter mon nez, j’avale plusieurs grandes goulées. Et je lâche un rot de derrière les fagots, long et rauque, qui m’arrache un sourire de satisfaction.

Jusqu’à ce que je voie le regard moqueur de ma collègue.

— Quoi ?

— Rien ! Bébé a fait son rot, c’est bien.

Elle se fout de ma gueule, ou quoi ? Allez savoir ! Comprendre les filles, c’est mission impossible, de toute façon. Alors, autant se faire plaisir.

Quand je repose ma bouteille, vide, celle de Sabrina est encore à moitié pleine.

— Tu sais pas apprécier les bonnes choses, dit-elle.

Tu vas voir ça, si je ne sais pas apprécier… Maintenant qu’on a bu, on va pouvoir passer aux choses sérieuses.

À suivre

mai 19, 2017

Étiquettes : ,

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

CommentLuv badge

Comments links could be nofollow free.