À la vie à la mort – 3

Le début de cette nouvelle est là : http://maud-eliet.com/2017/03/29/a-la-vie-a-la-mort/

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Sabrina, je l’avais déjà repérée l’année dernière, à l’occasion de nos soirées étudiantes sur la place Plume. Ni grande ni petite, ni blonde ni brune ; une fille châtain dans la moyenne, quoi. Pas le genre de physique sur lequel on se retourne. Mais un rire reconnaissable entre mille et une voix rauque dont elle aimait jouer… Bref, si on ne la voyait pas tout de suite, on ne tardait pas à l’entendre.

Et je ne parle pas de sa descente à faire pâlir d’envie plus d’un hooligan… Chez les carabins, s’il y a une chose qu’on respecte, c’est bien ça : la capacité à ingurgiter des quantités énormes de liquides alcoolisés pas toujours très identifiables.

De ce côté-là, malgré sa taille moyenne, Sabrina assurait carrément. Elle était plus souvent du côté de ceux qui faisaient nuit blanche que de ceux qui se retrouvaient en position latérale de sécurité au milieu du trottoir.

Bref, je l’avais repérée.

Seulement, mon groupe de potes et le sien semblaient ne jamais devoir se croiser. Ou alors furtivement. Le temps de porter deux ou trois toasts tous plus crétins les uns que les autres. Et puis j’étais sur une affaire.

Entendez par là que j’avais emballé ma coiffeuse et que je lui consacrais le plus clair de mon temps libre.

Sur ce coup-là, je n’avais eu aucun mérite. Il avait suffi que je prononce les mots « étudiant en médecine » pour qu’elle soit prise d’un coup de chaud subit et qu’elle me plante son décolleté devant les yeux. Décolleté que j’avais négligemment effleuré en déposant mon smartphone sur la tablette devant moi. À la façon dont elle s’était mordu les lèvres, j’avais compris que l’affaire était dans le sac.

Au moment de payer, j’avais simplement dit :

— Tu me donnerais ton numéro de téléphone ?

Elle avait jeté un regard furtif à sa patronne, occupée à l’autre bout du salon, puis avait griffonné dix chiffres sur mon ticket de carte bleue.

Le soir même, j’étais dans son lit.

Une bonne affaire, Lauren : d’accord pour tout, toujours disponible… Il suffisait que je lui envoie un SMS pour qu’elle rapplique à mon appart la chatte déjà trempée. Autant dire qu’il n’y avait pas vraiment besoin de s’embarrasser de préliminaires. Et ça aussi, dans la vie d’un carabin, ça compte !

On a un emploi du temps super serré. Du boulot par-dessus la tête – même si, paraît-il, les deuxième et troisième années sont les plus cools du cursus – et pas beaucoup de temps pour tout ce qui est extérieur à la fac.

Alors, pour draguer, il faut être rapide et efficace. Ou faire son marché dans la promo.

L’an dernier, j’en étais à la première option.

Lauren me satisfaisait pleinement. Nous nous voyions au moins trois fois par semaine. Rarement le week-end : il était hors de question que je l’amène à une soirée médecine. Mais du coup, j’avais fini par regarder ailleurs.

Surtout qu’elle était bien gentille, Lauren, mais pas très intéressante comme fille. À part pour le cul, je veux dire.

À suivre

avril 18, 2017

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