À la vie, à la mort – 8

Le début de cette nouvelle est là : http://maud-eliet.com/2017/03/29/a-la-vie-a-la-mort/

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Je ne sais pas vous, mais moi, quand j’ai le ventre plein – et les couilles vides –, je me sens tout de suite mieux. Prêt à voir la vie en rose. Enfin… En couleurs, on va dire. Le rose, c’est quand même pas ce que je préfère.

Accoudé à ma table, je contemple mon invitée. Oui, je contemple, c’est bien ce que j’ai dit. Elle le mérite.

Elle en est parfaitement consciente aussi.

— Ce n’est pas la peine de loucher sur ma pizza, prévient-elle entre deux bouchées, je compte bien la manger en entier.

Elle mord à nouveau à belles dents dans la pâte craquante.

— C’est juste que je prends le temps de mâcher, moi. Pas comme certains ! À croire qu’ils ont aucune notion de diététique.

— En l’occurrence, c’est pas ta pizza que je regarde, c’est toi.

Sabrina continue de manger, les sourcils froncés. Je sens qu’elle se demande si je suis sérieux. Elle n’a pas l’air d’être convaincue de ma crédibilité.

Ça viendra. Enfin, j’espère. En attendant, mon téléphone me sauve la mise en m’annonçant un SMS. De mon père. Pour une fois qu’il tombe bien, celui-là…

Je suis toujours en discussion avec lui quand Sabrina se lève.

— Je rentre chez moi, laisse-t-elle tomber. On se voit demain matin. Bon pied bon œil… et bon bistouri !

Malgré moi, je fais la grimace. Ce qui la fait rire. Elle prend tout de même le temps de faire claquer ses lèvres sur les miennes avant d’afficher son fameux sourire en coin et de me lancer :

— Fais de beaux rêves, surtout !

— C’est ça…

Le temps de grommeler ma réponse, elle est déjà partie.

Voyons le bon côté des choses : pendant toute une semaine, je vais passer la journée entière avec elle. Plus si affinités. Et il semblerait bien qu’on soit dans le plus plus. Si ce n’est pas une bonne nouvelle, je ne sais pas ce que c’est !

La béatitude commencerait presque à me gagner. Jusqu’à ce MMS de mon paternel où je reconnais sans le moindre doute possible celle qui vient de quitter mon appartement.

— Qu’est-ce que c’est que ce bordel ?!

Le message qui accompagne la photo achève de me mettre KO :

Pas mal, ta nouvelle copine 😉

L’espace de plusieurs secondes, je reste bouche bée, les yeux écarquillés devant l’écran de mon smartphone. Et puis un réflexe à la con me fait le retourner et plaquer sur ma cuisse pendant que j’ausculte les moindres recoins de mon appart d’un œil suspicieux.

D’où sort cette putain de photo ?! Comment mon père peut-il savoir que Sabrina est ma nouvelle copine ? D’ailleurs, est-ce qu’elle est ma nouvelle copine ? C’est trop tôt pour le savoir. Même pour moi.

Proche de la paranoïa – un trouble de la personnalité fréquent chez les hommes, je sais, mais plutôt vers la quarantaine, dont je suis encore très loin – je me précipite à la fenêtre pour baisser le volet roulant.

Mon ordinateur portable est grand ouvert sur le bureau ; j’abaisse l’écran pour réduire la webcam à la cécité. Un frisson me parcourt l’échine : bon sang, si ça se trouve, je viens d’offrir un putain de film porno à mon père ! Sans le savoir. Sans le vouloir, surtout !

Sourcils froncés, je me remets à scanner mon appart de fond en comble. Et si des caméras y avaient été planquées ?

À suivre…

septembre 2, 2017

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