À la vie à la mort – 7

Le début de cette nouvelle est là : http://maud-eliet.com/2017/03/29/a-la-vie-a-la-mort/

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Deux heures ont passé. Sabrina et moi sommes avachis sur mon lit dans la fraîcheur du soir. À poil. En face, la terrasse du Bar de Manu s’est vidée ; nos spectateurs se sont tirés. Et moi, j’ai tiré Sabrina. Plutôt deux fois qu’une.

Cette journée a été une réussite.

Dommage qu’il ait fallu en passer par la phase découpage de cadavres. Comme préliminaires, on fait plus sympa. Mais bon, ça valait le coup.

— Tu penses à quoi ?

La question me prend de court. Du coup, je choisis la réponse la moins casse-gueule :

— À rien.

— C’est bien un truc de mec, ça. À croire que vous vous videz le cerveau en même temps que les couilles !… Bon, je vais prendre une douche.

Et avant que j’aie réagi, elle a déjà disparu dans ma salle de bains. Bon sang, la douche est dans quel état ?

Le bruit de l’eau qui gicle me rassure : ça ne doit pas être si dégueulasse que ça. Ou alors, elle s’en fout. Un sourire béat me vient aux lèvres. Je la sens bien, cette fille…

Étalé de tout mon long, je laisse mon esprit divaguer. Parfois – pour ne pas dire souvent –, je me demande ce que je fous là. Ce qui m’a pris de vouloir faire médecine.

Bon, il y a le prestige de la fonction. Et de l’étiquette. Presque de l’uniforme : je suis sûr qu’une blouse blanche fait fantasmer au moins autant qu’une tenue de pompier ou de gendarme. Et puis, c’est un truc qui a du sens. Sauver des vies, tout ça…

Mais en attendant, il faut se farcir une putain de vie de merde.

Une vie que la présence d’une Sabrina pourrait sacrément tirer vers le haut. Alors, en quelques minutes, je me décide : celle-là, je vais tout faire pour la garder.

Au moins jusqu’à mon doctorat. Autant dire ad vitam aeternam. Ou presque.

 

Rhabillée, les cheveux mouillés, Sabrina se plante à mes pieds.

— On se fait livrer une pizza ?

— Une ? Pourquoi ? Tu manges pas ?

— Ah, ah, très drôle ! Non, une chacun.

Je tends le bras vers mon frigo.

— Choisis : il y a un prospectus avec tout le menu. Pour moi, ce sera choriza-anchois. Une grande.

À mon tour d’investir la douche. Il ne sera pas dit que je ne fais pas attention à mon hygiène. En tant que futur médecin, c’est la moindre des choses !

Et puis, c’est l’occase de tenter de me débarrasser une bonne fois pour toutes des relents de table d’autopsie. Ce n’est pas que ce soit si… insupportable. C’est juste que c’est l’odeur de la mort, quoi. Et moi, là, maintenant, tout de suite, j’ai plus envie de sentir la vie.

La vie, l’amour, la… Et merde ! Pourquoi je pense à ce vieux film ?

Je suis encore en train de me rincer à grande eau quand la sonnerie de l’interphone retentit : le livreur de pizzas est déjà là. Je coupe l’eau et crie à travers la porte de la salle de bains.

— Tu peux y aller ?

Seul le bruit de la porte qui claque me répond. J’en déduis que Sabrina est descendue chercher la bouffe. Et que j’ai intérêt à me magner.

Le temps de me sécher vite fait, d’enfiler un boxer et un tee-shirt propres et de remettre mon jean, trois coups nerveux résonnent à la porte.

— J’arrive !

— T’as intérêt à me rembourser ta part ! lance Sabrina en entrant.

À suivre

juillet 25, 2017

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